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vendredi 23 novembre 2012

"Africa for Norway": le clip Norvégien qui casse les clichés sur l'Afrique

Capture d'écran du site de la campagne 'Africa for Norway'.
Lancée par une association norvégienne d'aide humanitaire, une vidéo humoristique incite les Africains à donner leurs radiateurs aux Norvégiens, victimes du froid. Cette fausse campagne, baptisée "Africa for Norway" n'a en réalité qu'un objectif : briser les stéréotypes misérabilistes sur l'Afrique.
« L'Afrique au secours de la Norvège ». « Stop au froid dévastateur ». « Donnez vos radiateurs ! » Vous avez bien lu : il s'agit d'une campagne destinée aux Africains pour aider les Norvégiens à lutter contre... le froid ! Des images de routes verglacées, de tempêtes de neige et de femmes et enfants emmitouflés alternent avec des paysages ensoleillés à Durban, en Afrique du Sud.
Tout au long de ce spot parodique intitulé « Africa for Norway » et abrité par un site norvégien dédié à l'opération, des Africains reprennent en choeur des slogans pathétiques : « En Norvège, les enfants sont gelés, il est temps pour nous de les aider », ou encore « désormais les rôles se sont inversés, maintenant c'est l'Afrique au secours de la Norvège ».

dimanche 11 novembre 2012

L’aide au développement est un investissement dans l’avenir


Par J. Brian Atwood

Pour la première fois en dix ans, le montant total de l’aide au développement des Etats membres de l’OCDE a reculé légèrement en 2011. Le niveau officiel d’aide publique au développement (APD) mondiale avait augmenté de 63% durant la précédente décennie, mais à trois ans de la date butoir des Objectifs du millénaire pour le développement en 2015, ce recul peut paraître troublant. Faut-il tirer le signal d’alarme ?

La situation aujourd’hui est problématique. La crise de l’euro et l’austérité ambiante pèsent sur les budgets des Etats donateurs. L’Union européenne négocie actuellement son budget pour les prochains sept ans (2014-2020) et les Etats membres pourraient proposer des coupes drastiques, y compris de l’assistance aux pays les plus pauvres. Pourtant l’UE a des objectifs ambitieux et des promesses à tenir, dont la plus importante est celle de consacrer 0,7% de sa richesse globale per capita à l’aide.

Nous avons réalisé de gros progrès grâce aux ressources allouées au cours de la dernière décennie, mais tellement plus aurait pu être possible. En moyenne, les donateurs du Comité au développement (CAD) consacrent 0,46% du RNB à l’aide au développement, loin des 0,7% que la plupart s’est engagée à débloquer tous les ans. Si les gouvernements du CAD avaient atteint les 0,7%, nous ne nous serions pas seulement rapprochés des OMD, mais nous vivrions aussi dans un monde moins conflictuel et moins fragile, avec des économies en développement plus fortes et plus résilientes qui renforceraient l’économie mondiale.

La pression pour tenir les engagements est générée par les pairs au sein du CAD, mais aussi exercée par les groupes de plaidoyer comme ONE. Cette organisation non gouvernementale se livre chaque année à un exercice fort nécessaire : partant des chiffres de l’OCDE/CAD elle les décortique encore plus. Dans son rapport DATA elle traque de près ce que font les donateurs.

Les lecteurs français seront ainsi intéressés d’apprendre que la France a atteint un niveau d’aide au développement de 0,42 en 2011. Ce qui signifie que le pays doit mettre les bouchées doubles pour tenir son engagement des 0,7% d’ici à 2015. La France n’est pas la seule en Europe, mais elle a été un leader dans la coopération au développement et d’autres la regardent de près.

L’impressionnant nouveau ministre du Développement français, Pascal Canfin, va devoir démontrer que le développement incarne non seulement les valeurs de la France et qu’elle a des engagements anciens à tenir, mais aussi qu’il s’agit d’un bon investissement pour l’économie française. Le développement permet de prévenir des conflits coûteux où l’armée française pourrait être amenée à intervenir pour maintenir la paix. Le développement crée paix et prospérité et par conséquent des marchés pour les produits français, le sous-développement provoque l’inverse.

La France joue un rôle important sur la scène internationale, un rôle que le pays se doit d’assumer, puisqu’il a été un moteur du développement international. Car même si de nouveaux donateurs font leur apparition, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne restent des indicateurs en Europe. Ces gouvernements doivent continuer à se diriger dans la bonne direction en matière de développement international.

L’aide au développement n’est qu’une petite partie des flux financiers allant au monde en développement, mais elle est une pièce essentielle du puzzle du rétablissement mondial. La mobilisation de ressources domestiques des pays en développement prend aussi de l’ampleur. Au cours des cinq dernières années, les revenus fiscaux en Afrique ont doublé pour atteindre 520 milliard de dollars.

En même temps, les programmes de développement des membres du CAD ont servi à encourager cette hausse des revenus domestiques. La charge est ainsi mieux répartie et la fin de la dépendance aux financements extérieurs est devenue une perspective concrète pour un nombre croissant de pays. Si l’APD est une source de revenus moins importante, elle reste un catalyseur important pour les réformes et les moyens qui permettent la poursuite du développement. La croissance d’aujourd’hui ne provient pas des vieilles économies, mais c’est dans le monde en développement que nous trouvons le potentiel inexploré. Si nous voulons la croissance dans les pays de l’OCDE, il nous faut adapter une perspective mondiale qui englobe le monde en développement.

L’Union européenne et ses 27 pays membres pèsent 54% du budget d’APD global. Mais au-delà du volume, la qualité et l’efficacité de la coopération de développement comptent aussi. Il est important de reconnaître les efforts de l’UE à cet égard. Son agenda pour le changement et une nouvelle initiative appelant les pays membres à plus coopérer, contiennent la promesse de moins de dispersion et plus de qualité. C’est la capacité à agir ensemble qui assurera à l’UE sa place de joueur clé.

Une étude récente du CAD a montré qu’il y a eu des progrès significatifs dans les résultats de l’aide européenne. Il y a toujours du travail à accomplir pour réduire la bureaucratie et les coûts des transactions, mais l’UE fonctionne bien dans l’arène du développement et mérite le soutien de ses membres.

Le CAD prévoit à l’avenir une hausse de l’aide au développement de l’ordre de 2% par an. Cela peut paraître optimiste, mais certains pays nous permettent de l’être. La Grande-Bretagne est en bonne voie pour atteindre le 0,7 d’ici à 2015, l’Allemagne a également augmenté le volume l’an dernier. L’Australie prévoit d’atteindre 0,5% en 2015, une hausse importante pour cette économie croissante. La France rejoindra-t-elle ces nations pour retrouver sa juste place de leader dans la coopération au développement ? Tous les yeux sont braqués sur l’action future de l’Union européenne et des Etats membres comme la France.

Brian Atwood assume la présidence du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE depuis le 1er janvier 2011. Il était auparavant doyen de la Hubert Humphrey School of Public Affairs à l’Université du Minnesota. Sous la présidence de Bill Clinton, il a été administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) de 1993 à 1999.

http://www.one.org/fr/blog/l%e2%80%99aide-au-developpement-est-un-investissement-dans-l%e2%80%99avenir/

mardi 6 novembre 2012

Formation continue des maîtres et gestion des écoles

Par Jean-Emmanuel BUI
Formation continue des maîtres et gestion des écoles
Pour atteindre l’objectif de scolarisation universelle, les états d’Afrique subsaharienne ont recruté des milliers d’enseignants dont les profils étaient souvent hétérogènes en termes de savoirs académiques et de compétences professionnelles. Dans le meilleur des cas, ces enseignants ont bénéficié d’une formation initiale qui n’était pas toujours adaptée à leurs besoins. Les enseignants sont par exemple peu outillés pour enseigner aux grands groupes ou en mode multigrade (plusieurs élèves de différents niveaux dans une même classe). Bien souvent, ils ont été affectés sans préalable dans des écoles pour faire la classe aux élèves.
Dans un tel contexte, on devine l’importance de la formation continue comme facteur clé de l’amélioration de la qualité de l’éducation en général, pour peu que cette formation fasse véritablement évoluer les pratiques. Pourtant, malgré l’enjeu qu’elle représente, la formation continue qui existe souvent dans les textes, est peu ou pas développée dans sur le terrain.
Plusieurs raisons expliquent cette situation : les enseignants à former sont très nombreux et une telle entreprise suppose une organisation et des moyens humains, matériels et financiers qui dépassent souvent la capacité des Etats.
Les dispositifs existants cumulent souvent des handicaps majeurs : l’absence d’analyse systématique des besoins réels, le défaut d’un plan national qui harmonise et rend obligatoire le dispositif de formation continue, le manque de moyens mis à la disposition des personnels en charge du dispositif et, fréquemment, leur manque de compétence. On notera aussi l’absence d’évaluation systématique des actions de formation continue qui permettrait d’apprécier leur pertinence et leur caractère effectif.
Il s’agit le plus souvent de formations éparses de courte durée, financées par des bailleurs, sans grande cohérence entre les divers actions et intervenants.
Cependant, l’UNESCO met en œuvre un Guinée Bissau une formation continue basée sur un recensement-test des compétences académiques des enseignants en portugais et mathématiques. Des profils d’enseignants sont établis et des modules de formation sont élaborés en fonction des besoins.
Au Ghana, la décentralisation des compétences permet aux écoles d’organiser des sessions de formation continue dans l’établissement, alors qu’au, Maroc par exemple, le directeur d’école a règlementairement peu de latitude en termes de supervision pédagogique dans « son » propre établissement.
Que faire pour améliorer la situation ?
Une partie de la réponse se trouve dans l’intégration possible de la formation continue aux compétences élargies des écoles primaires.
Dans une contribution précédente, il a été question d’une plus grande autonomie octroyées aux écoles primaires afin qu’elles adaptent la politique éducative dont les grandes orientations sont fixées par l’Etat central, aux particularités de son contexte d’implantation.
Dans cette contribution, nous avions identifié les conditions de cette autonomie accrue : le développement de leurs compétences dans les domaines administratifs, financiers et pédagogiques – le renforcement des capacités des directeurs d’école – l’évolution nécessaire du rôle actuel de l’administration centrale et déconcentrée vers une mission d’accompagnement et d’évaluation du fonctionnement et des performances. Dans cette optique, il semble opportun que la formation continue des maîtres deviennent une compétence pédagogique clé des écoles dans lesquelles ils exercent.
Pourquoi ?
A plus d’un titre, l’école semble être le bon niveau pour l’implémentation d’un dispositif de formation continue :
- l’école est en mesure de mettre en œuvre un diagnostic situé des besoins de formation de chaque enseignant. On peut imaginer que les analyses réalisées dans les écoles servent, à certaines conditions et avec d’autres intrants, à l’élaboration du plan national de formation continue. On peut aussi imaginer que ce plan élaboré par un processus ascendant fixe un cadre et des objectifs de formation continue avec, dans sa mise en œuvre opérationnelle, une part de contenus nationaux obligatoires et une part de contenus laissés à l’appréciation libre du directeur d’école ;
- La mise en œuvre au sein de l’école réduit l’absentéisme et les coûts liés aux déplacements et à l’hébergement des enseignants sur le lieu de formation. Elle rend également possible une certaine flexibilité qui permet notamment d’aménager des dates et des horaires qui s’adaptent aux contraintes des enseignants sans pénaliser les élèves ;
- Le directeur d’école devient l’acteur central du dispositif de formation et cela réduit d’autant les aléas liés à la disponibilité et aux déplacements des formateurs habituels (inspecteurs, conseillers pédagogiques, autres). Cet aspect impacte également le coût de la formation.
Comment ?
Les conditions de la réussite d’une telle approche sont multiples : renforcer les capacités du directeur d’école et fixer un cadre précis d’intervention pour l’administration centrale et déconcentrée.
-       le renforcement des capacités du directeur :
  • le directeur doit acquérir des connaissances et des compétences opérationnelles dans les domaines de la pédagogie, de la réglementation scolaire et de l’ingénierie de formation en particulier. Ces compétences sont incluses dans le référentiel de compétences qui décrit son profil métier et dans le référentiel de formation correspondant;
  • le directeur est libéré d’une partie de sa charge d’enseignement pour se consacrer aux actions de formation continue et à l’accompagnement pédagogique des enseignants
-        Le cadre d’intervention de l’administration centrale et de l’administration déconcentrée :
  • Concernant l’administration centrale :
    •  elle finalise le plan national de formation continue et met à la disposition des entités en charge de sa mise en œuvre, les ressources nécessaires ;
    • elle revoit dans le cadre plus large de la gestion des écoles primaire le statut, la fonction et la formation du directeur d’école.
  • Concernant l’administration déconcentrée :
    • Elle assure la formation des directeurs d’école dans les domaines ciblés par la formation continue des maîtres ;
    • Elle l’appuie dans la mise en œuvre du plan de formation continue des enseignants ;
    • Elle évalue régulièrement les actions de formation continue
Utilisant comme prétexte le développement nécessaire de la formation continue des maîtres, cette contribution veut mettre l’accent sur la nécessité, pour une politique éducative, quel que soit son champ d’application, de se rapprocher des besoins concrets des acteurs et des usagers et de développer leur capacité à agir dans leur environnement particulier.
Cette approche de la formation continue des maîtres doit être prochainement mise en œuvre en Côte d’Ivoire