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dimanche 11 novembre 2012

L’aide au développement est un investissement dans l’avenir


Par J. Brian Atwood

Pour la première fois en dix ans, le montant total de l’aide au développement des Etats membres de l’OCDE a reculé légèrement en 2011. Le niveau officiel d’aide publique au développement (APD) mondiale avait augmenté de 63% durant la précédente décennie, mais à trois ans de la date butoir des Objectifs du millénaire pour le développement en 2015, ce recul peut paraître troublant. Faut-il tirer le signal d’alarme ?

La situation aujourd’hui est problématique. La crise de l’euro et l’austérité ambiante pèsent sur les budgets des Etats donateurs. L’Union européenne négocie actuellement son budget pour les prochains sept ans (2014-2020) et les Etats membres pourraient proposer des coupes drastiques, y compris de l’assistance aux pays les plus pauvres. Pourtant l’UE a des objectifs ambitieux et des promesses à tenir, dont la plus importante est celle de consacrer 0,7% de sa richesse globale per capita à l’aide.

Nous avons réalisé de gros progrès grâce aux ressources allouées au cours de la dernière décennie, mais tellement plus aurait pu être possible. En moyenne, les donateurs du Comité au développement (CAD) consacrent 0,46% du RNB à l’aide au développement, loin des 0,7% que la plupart s’est engagée à débloquer tous les ans. Si les gouvernements du CAD avaient atteint les 0,7%, nous ne nous serions pas seulement rapprochés des OMD, mais nous vivrions aussi dans un monde moins conflictuel et moins fragile, avec des économies en développement plus fortes et plus résilientes qui renforceraient l’économie mondiale.

La pression pour tenir les engagements est générée par les pairs au sein du CAD, mais aussi exercée par les groupes de plaidoyer comme ONE. Cette organisation non gouvernementale se livre chaque année à un exercice fort nécessaire : partant des chiffres de l’OCDE/CAD elle les décortique encore plus. Dans son rapport DATA elle traque de près ce que font les donateurs.

Les lecteurs français seront ainsi intéressés d’apprendre que la France a atteint un niveau d’aide au développement de 0,42 en 2011. Ce qui signifie que le pays doit mettre les bouchées doubles pour tenir son engagement des 0,7% d’ici à 2015. La France n’est pas la seule en Europe, mais elle a été un leader dans la coopération au développement et d’autres la regardent de près.

L’impressionnant nouveau ministre du Développement français, Pascal Canfin, va devoir démontrer que le développement incarne non seulement les valeurs de la France et qu’elle a des engagements anciens à tenir, mais aussi qu’il s’agit d’un bon investissement pour l’économie française. Le développement permet de prévenir des conflits coûteux où l’armée française pourrait être amenée à intervenir pour maintenir la paix. Le développement crée paix et prospérité et par conséquent des marchés pour les produits français, le sous-développement provoque l’inverse.

La France joue un rôle important sur la scène internationale, un rôle que le pays se doit d’assumer, puisqu’il a été un moteur du développement international. Car même si de nouveaux donateurs font leur apparition, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne restent des indicateurs en Europe. Ces gouvernements doivent continuer à se diriger dans la bonne direction en matière de développement international.

L’aide au développement n’est qu’une petite partie des flux financiers allant au monde en développement, mais elle est une pièce essentielle du puzzle du rétablissement mondial. La mobilisation de ressources domestiques des pays en développement prend aussi de l’ampleur. Au cours des cinq dernières années, les revenus fiscaux en Afrique ont doublé pour atteindre 520 milliard de dollars.

En même temps, les programmes de développement des membres du CAD ont servi à encourager cette hausse des revenus domestiques. La charge est ainsi mieux répartie et la fin de la dépendance aux financements extérieurs est devenue une perspective concrète pour un nombre croissant de pays. Si l’APD est une source de revenus moins importante, elle reste un catalyseur important pour les réformes et les moyens qui permettent la poursuite du développement. La croissance d’aujourd’hui ne provient pas des vieilles économies, mais c’est dans le monde en développement que nous trouvons le potentiel inexploré. Si nous voulons la croissance dans les pays de l’OCDE, il nous faut adapter une perspective mondiale qui englobe le monde en développement.

L’Union européenne et ses 27 pays membres pèsent 54% du budget d’APD global. Mais au-delà du volume, la qualité et l’efficacité de la coopération de développement comptent aussi. Il est important de reconnaître les efforts de l’UE à cet égard. Son agenda pour le changement et une nouvelle initiative appelant les pays membres à plus coopérer, contiennent la promesse de moins de dispersion et plus de qualité. C’est la capacité à agir ensemble qui assurera à l’UE sa place de joueur clé.

Une étude récente du CAD a montré qu’il y a eu des progrès significatifs dans les résultats de l’aide européenne. Il y a toujours du travail à accomplir pour réduire la bureaucratie et les coûts des transactions, mais l’UE fonctionne bien dans l’arène du développement et mérite le soutien de ses membres.

Le CAD prévoit à l’avenir une hausse de l’aide au développement de l’ordre de 2% par an. Cela peut paraître optimiste, mais certains pays nous permettent de l’être. La Grande-Bretagne est en bonne voie pour atteindre le 0,7 d’ici à 2015, l’Allemagne a également augmenté le volume l’an dernier. L’Australie prévoit d’atteindre 0,5% en 2015, une hausse importante pour cette économie croissante. La France rejoindra-t-elle ces nations pour retrouver sa juste place de leader dans la coopération au développement ? Tous les yeux sont braqués sur l’action future de l’Union européenne et des Etats membres comme la France.

Brian Atwood assume la présidence du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE depuis le 1er janvier 2011. Il était auparavant doyen de la Hubert Humphrey School of Public Affairs à l’Université du Minnesota. Sous la présidence de Bill Clinton, il a été administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) de 1993 à 1999.

http://www.one.org/fr/blog/l%e2%80%99aide-au-developpement-est-un-investissement-dans-l%e2%80%99avenir/

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