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mardi 16 juin 2015

Très bon article de l'UNESCO qui pour une fois publie dans sa langue officielle: le français.

Photo: Bakary Emmanuel Daou © UNESCO
Cinquante ans après, force est de reconnaître que des progrès significatifs ont été réalisés depuis 1960. De luxe dont bénéficiait seule une élite minoritaire au service d’abord de l’administration coloniale et ensuite de celle des pays nouvellement souverains, l’éducation est devenue un bien public plus largement partagé dans les sociétés qui misaient sur le capital humain pour se développer.
Si la décennie 1990 fut marquée par un ralentissement des progrès, conséquence des politiques d’ajustement structurel qui ont caractérisées cette époque, la dynamique de l’éducation pour tous, en particulier après le Forum mondial de l’éducation en 2000 à Dakar, a permis aux gouvernements africains de renouveler leurs engagements à faire de l’éducation une réalité pour tous leurs citoyens. Ceci s’est traduit par une hausse significative de l’accès et de la participation à l’éducation à presque tous les niveaux éducatifs à partir de 1999. Pour ne prendre qu’un exemple, les effectifs d’enfants scolarisés dans le primaire ont augmenté en moyenne de 57% depuis 1999 au niveau de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne pour atteindre 128 millions en 2008. Ceci s’est traduit par une hausse spectaculaire du taux net de scolarisation qui est passé de 58% à 76% au cours de la période Les progrès ont été impressionnants dans plusieurs pays tels que le Burkina Faso, le Burundi, Djibouti, l’Ethiopie, la Guinée, Madagascar, le Mali, le Mozambique, le Niger et la République-Unie de Tanzanie dont la plupart partaient de niveaux relativement bas. Ce développement de l’éducation est la conséquence de la mise en œuvre d’un ensemble de politiques incluant la suppression de frais de scolarité, le développement de programmes ambitieux de construction des écoles en particulier en milieu rural et la mise en place de mesures volontaristes ciblées pour réduire les inégalités.
Malgré ces progrès spectaculaires, l’Afrique subsaharienne en particulier demeure à la traîne des autres régions en termes de distance à parcourir pour réaliser l’éducation pour tous ainsi que les objectifs du millénaire (ODM). De toute évidence, l’éducation pour tous ne sera manifestement pas atteinte en 2015 comme fixé. Comme nous l’avons  montré dans le 2010 GMR, des disparités et inégalités persistantes basées sur le sexe, le niveau de richesse, le lieu de résidence, le groupe ethnique et le handicap ralentissent, voire entravent les progrès vers l’EPT et les ODM aux niveaux régional et national. La plupart des pays du continent doivent s’assurer que ceux qui restent exclus et marginalisés soient enfin pris en compte à travers des politiques et des ressources financières plus ciblées.
De manière générale, ni l’EPT ni les ODM ne seront atteints en Afrique sans une approche stratégique plus intégratrice, holistique et inclusive qui tienne compte des liens et de la synergie entre :
  • Tous les objectifs de l’EPT. Les progrès vers les objectifs de l’EPT ont été inégaux. Cependant, l’enseignement primaire universel lui-même ne peut-être atteint sans qu’une attention égale soit accordée : à l’expansion des programmes d’EPPE qui améliorent la santé et la nutrition des enfants, facilite leur développement cognitif et les préparent à l’école ; au développement des programmes d’alphabétisation des adultes étant donné les liens avérés entre l’éducation des parents en particulier des mères et celle de leurs enfants ; à l’amélioration de la qualité de l’éducation en améliorant la rétention et l’achèvement scolaires, en s’attaquant aux problèmes de pénurie des enseignants, d’absence de qualification et de formation de ces derniers.
  • Les différents secteurs et niveaux éducatifs. La plus grande attention accordée en Afrique au développement de l’enseignement primaire est sans doute légitime compte tenu les taux de scolarisation encore faibles à ce niveau dans de nombreux pays du continent. Pourtant, les progrès vers l’enseignement primaire universel accroissent la pression sur les niveaux supérieurs de l’éducation, créant des demandes légitimes pour l’enseignement post-primaire qui doivent être satisfaits. Dans un monde de plus en plus basé sur la connaissance, on ne saurait attendre que l’enseignement primaire universel soit réalisé avant de songer à développer les autres niveaux d’enseignement. Non seulement le développement du post-primaire est un formidable levier pour atteindre l’enseignement primaire universel, mais il n’y a pas d’exemple de pays dans le monde qui se soit développé économiquement et socialement en misant sur le seul enseignement primaire malgré son retour sur investissement. Fort heureusement, de nombreux pays ainsi que l’Union Africaine, à travers sa Seconde Décennie de l’éducation, ont décidé de relever le défi en fixant des objectifs politiques ambitieux, considérant l’enseignement de base universel non plus comme une perspective à long terme mais un objectif réalisable.
  • L’éducation et les autres secteurs, en particulier économique, social et culturel. Compte tenu l’interdépendance entre l’éducation et les autres sphères de la société, toute planification et politique éducative se doit d’être pensée dans un cadre et contexte de développement plus large. Renforcer les liens entre la planification de l’éducation, les stratégies de réduction de la pauvreté et d’autres instruments de développement larges est un impératif pour tous les pays d’Afrique. Pour que l’EPT devienne une réalité, l’éducation devrait être intégrée dans des stratégies plus larges de réduction de la pauvreté et des inégalités. Plus important, les politiques éducatives doivent être soutenues par des ressources financières et humaines suffisantes qui sont l’ultime indication de l’engagement politique réel des pays pour l’EPT et les ODM. C’est ce message positif qu’il est important de véhiculer car l’Afrique cinquante ans après les indépendances demeure à la croisée des chemins et doit relever les défis nombreux qui continuent à se poser à elle. Ceci passe forcément par la reconnaissance du droit à l’éducation pour tous, en particulier pour ceux encore trop nombreux pour lequel il reste refusé. 
 Par  Nicolas Bella